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L’histoire du vieux village de Tignes : son barrage et son lac artificiel

Le 21 avril 1952, à Chambéry, le Préfet de la Savoie a publié un avis aux habitants de Tignes mentionnant : « Le Préfet de la Savoie fait savoir aux habitants de TIGNES que tous ceux qui n’auront pas définitivement quitté les lieux le 27 avril 1952 ne pourront percevoir aucune indemnité d’éviction. » Voici l’histoire du vieux village de Tignes.

Le début d’un barrage, la fin d’un village

Dans les années 1950, Tignes était au centre d’un véritable drame. Le village présentait des qualités non négligeables pour y construire un barrage. Mais voilà, cette idée n’était pas pour plaire aux villageois, très attachés à leurs racines. Bien sûr, le resserrement de la vallée de Tignes n’était pas l’unique avantage pour la construction d’un barrage. Il y avait d’autres éléments favorables comme un débit suffisant et des eaux transportant peu d’alluvions ; une large vallée à l’amont destinée à la cuvette du réservoir et formée dans des terrains imperméables aux infiltrations ; des rives assez résistantes pour supporter chacune la pression du mur du barrage. En clair, le site de Tignes était vraiment unique en France, en comparaison au site de Serre-Ponçon qu’on trouve sur la haute Durance.

Les villageois étaient clairement opposés à ce projet d’EDF. À l’époque, EDF a choisi de construire ce barrage à Tignes car le réservoir pouvait jouer le rôle de régulateur sur l’ensemble de l’Isère soit une dénivellation d’environ 1700 mètres. Il était question de 235 millions de mètres cubes d’eau et de 1700 mètres de chute. Tout ça régulerait plusieurs usines « en cascade » dont la réserve énergétique de Tignes allait augmenter la production.

Le barrage de Tignes : entre fierté et tristesse

Pour avoir une idée de l’immensité de ce barrage hydroélectrique, il faut s’imaginer un bloc de béton correspondant à six fois le volume de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est d’ailleurs grâce à deux téléphériques que le ciment et les pierres étaient acheminés. Ce barrage est le plus haut de France et il se trouve précisément dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie. En 1952, il était la fierté du peuple Français d’après guerre, manquant cruellement d’énergie. En revanche, pour les villageois, c’était plutôt synonyme de tristesse, de colère, de douleur. Les Tignards se sont vus expulsés de force et ont dû difficilement supporter la destruction et l’engloutissement de leur village tout entier, complètement englouti, aujourd’hui sous l’eau.

Avant ça, les Tignards se sont révoltés et ont tenté d’empêcher cette entreprise. La commune est même allée jusqu’à poursuivre EDF en justice pour obtenir des dédommagements suffisamment acceptables. Bien que les villageois soient parvenus à se faire entendre dans les journaux nationaux, cela n’a pas empêché la poursuite des travaux pour construire le barrage.

Au revoir village de Tignes, bonjour lac du Chevril

Le barrage de Tignes a donné naissance au lac artificiel du Chevril de 235 millions de m3. C’est en 1952 qu’EDF gagne la partie. Les trois quarts des Tignards ont refusé de vendre leurs propriétés et ont, de ce fait, été expropriés. Seul le quart restant a bien voulu vendre. Il faut dire que les 400 habitants du village ne se sont pas laissés faire et ont tout tenté pour protéger leur village bien-aimé. Un ancien se souvient de la rencontre de ses parents, à Tignes, pendant un concours de ski au départ de l’Aiguille Percée.

Aujourd’hui, le lac du Chevril est bien en place, recouvrant intégralement ce qui fut un temps le village de Tignes. Tous les 10 ans, EDF réalise la vidange du lac pour inspecter le barrage. En mars 2000, avec un lac vide, des villageois du vieux et du nouveau Tignes ont célébré une messe dans les ruines qui constituèrent, jadis, l’église du village. Désormais, il semblerait qu’EDF emploie plutôt des robots subaquatiques pour éviter de vidanger le lac.

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